Balade au Père-Lachaise, j'en fais une presque toutes les semaines. Pas par goût du lugubre, non. C'est juste que c'est à quinze minutes à pied de chez moi, dans le 11e, et que le matin c'est l'endroit le plus calme de tout l'est parisien. Les touristes, eux, arrivent vers dix heures, le plan des tombes ouvert sur le téléphone. Moi j'y vais à l'ouverture, quand la brume traîne entre les allées et qu'on n'entend que les merles et les chats du gardien.
Entrer par la bonne porte, ça change tout
Le Père-Lachaise, c'est quarante-quatre hectares et cinq portes. Si tu entres par la mauvaise, tu passes ta matinée à remonter des pentes pour rien. Moi je prends la porte du Repos, au 16 rue du Repos, ou la porte principale sur le boulevard de Ménilmontant. Côté métro, tu as Philippe Auguste sur la ligne 2, Père-Lachaise sur les lignes 2 et 3, et Gambetta sur la 3. L'entrée est gratuite, sept jours sur sept, et en hiver le cimetière ferme à 17h30 (18h l'été).
Les tombes où je m'arrête vraiment
Je ne fais pas la chasse aux célébrités, mais il y en a quelques-unes vers lesquelles mes pas me portent toujours. Chopin d'abord : son cœur est à Varsovie, son corps est là, et il y a presque toujours un bouquet déposé le matin. Piaf ensuite, dans le caveau familial, couvert d'œillets rouges. Et Molière, pas loin de La Fontaine, à qui je dois la moitié de mes cours de français du lycée.
Le Père-Lachaise, le matin, ce n'est pas un cimetière. C'est un jardin en pente où les morts ont plus de verdure que la plupart des vivants de Paris.
Et puis il y a Jim Morrison, évidemment. Je passe devant sans m'arrêter, la tombe est gardée et souvent entourée de fans, mais je trouve touchant qu'on y laisse encore des briquets et des canettes. Oscar Wilde, lui, est protégé par une vitre depuis qu'on l'a couvert de baisers au rouge à lèvres. Chaque fois je me dis que l'amour laisse des traces, parfois au sens propre.
Le haut du cimetière, là où il n'y a personne
Alors une fois la porte franchie, mon réflexe c'est de monter. La plupart des gens restent autour des entrées, là où sont les tombes connues. Plus tu grimpes vers Gambetta, plus les allées se vident. C'est là que je vais lire sur un banc, là que je croise les habitués qui promènent leur chien, et là que se trouve le mur des Fédérés, où tombèrent les derniers communards en 1871. Un bout d'histoire qu'on ne regarde jamais deux fois, collé au fond du cimetière.
Ma boucle, dans l'ordre
- 8h15 : porte du Repos, rue de la Roquette dans le dos.
- 8h30 : Chopin et Piaf, avant que les groupes n'arrivent.
- 9h : montée tranquille vers le mur des Fédérés.
- 9h45 : banc dans les allées hautes, côté Gambetta, avec un livre.
- 10h30 : je ressors par Gambetta et je redescends vers Ménilmontant pour un café.
Bref, rien de macabre : une heure et demie à respirer dans l'endroit le plus silencieux de mon arrondissement. Et si tu veux prolonger la matinée, Belleville et sa vue gratuite sont juste au-dessus, je t'emmène.
À lire aussi : Belleville, le Paris que les touristes ratent · Ma balade le long du canal Saint-Martin · Toutes mes adresses dans le carnet
Coco
