Chiner des vêtements à Paris, c'est un sport que je pratique depuis dix ans, bien avant que le vintage devienne le mot à la mode. J'ai commencé étudiante, avec un budget minuscule et une envie de ne pas ressembler à tout le monde. Aujourd'hui j'ai 28 ans, je gagne un peu mieux ma vie, mais je continue à chiner. Parce que trouver une veste en cuir parfaite à 25 euros, c'est un shoot de dopamine qui ne s'explique pas.
Mes règles d'or, avant même de sortir
La première règle, je l'ai apprise à mes dépens : ne jamais chiner sans objectif. Quand je pars sans idée, je rentre avec un pull trop grand, une jupe que je ne mettrai jamais, et trente euros de moins. Alors je me fixe une pièce à chercher. Une veste de mi-saison, un pantalon en laine, une chemise en soie. Je garde cette idée en tête, et j'ignore le reste. C'est radical, mais ça marche.
Deuxième règle : toujours regarder les coutures, les fermetures, les dessous de bras. Une pièce vintage peut être magnifique sur le cintre et se décomposer au premier lavage. Je vérifie tout, systématiquement. Et si le prix est trop bas pour être honnête, c'est qu'il y a un défaut caché. Cherche-le.
La meilleure pièce n'est pas celle qui fait le plus d'effet. C'est celle que tu porteras trois fois par semaine sans y penser.
Le Marais, le circuit classique que j'affine
Le Marais concentre la moitié des friperies de Paris, mais tout ne se vaut pas. Je zappe les grandes chaînes de fripe au kilo où les pièces sont fatiguées, et je vise trois adresses que je fais toujours dans cet ordre : Kilo Shop rue de la Verrerie pour les basics en bon état, Free'P'Star au 61 juste en face pour les trouvailles plus rock, et Nuovo rue de Turenne quand je veux une pièce de créateur sans me ruiner. Trois adresses, deux heures, et je repars avec quelque chose dans neuf cas sur dix.
Le Canal Saint-Martin, mon spot du dimanche
Quand je veux prendre mon temps, je vais rive droite du canal. Le quartier est plus calme, les boutiques sont plus petites, et la sélection est souvent plus réfléchie. Mon duo préféré : Thanx God I'm a V.I.P. rue de Lancry pour les pièces fortes (imprimés, couleurs, coupes des années 70), puis Mamie Blue juste à côté pour les accessoires et les pulls en mohair. Entre les deux, je fais une pause au café de la Marine, en terrasse si le soleil le permet. C'est mon petit rituel du dimanche, celui qui me ressource.
Et dans le 11e, le quartier que je connais par coeur
J'habite le 11e, alors forcément, j'ai mes repaires. By Flowers rue de Charonne est ma boutique de quartier, celle où je passe en rentrant du travail juste pour regarder. Les prix sont doux, la proprio est adorable, et elle a un oeil pour les blazers bien coupés et les robes des années 90. Plus haut vers Oberkampf, Chinemachine propose une sélection plus streetwear, mais j'y ai trouvé mon perfecto, alors je ne peux pas dire de mal.
Et puis il y a une règle implicite du 11e : les vide-greniers de la rue de la Roquette et les brocantes de la place de la Bastille. C'est aléatoire, c'est tôt le matin, mais c'est là que j'ai fait mes plus belles affaires. Un manteau en laine à 15 euros, une paire de bottines italiennes presque neuves à 10 euros. Ce genre de trouvailles qui te font sourire toute la journée.
Le budget, parlons-en
Je donne toujours une fourchette de prix parce que c'est la première chose qu'on me demande. Voilà ma réalité : un bon jean vintage entre 20 et 40 euros, une veste en cuir entre 50 et 80 euros, une chemise en soie autour de 25 euros. Les pièces de créateurs démarrent à 80 euros et peuvent monter beaucoup plus haut, mais on trouve des pépites autour de 100-120 euros dans les bonnes adresses. Mon budget mensuel de fripe, c'est environ 60 euros. Avec ça, je repars avec une ou deux pièces que je vais vraiment porter. Pas plus.
Et si tu veux mon vrai conseil ? Ne cherche pas la pièce parfaite. Cherche la pièce qui te ressemble, celle que tu oublieras dans ton dressing et que tu redécouvriras avec joie. La fripe, c'est un peu comme une chasse au trésor. Le plaisir, c'est autant la fouille que la trouvaille.
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Coco
